Débats

LE "TROU DE LA SECU"

Diverses pistes dans le financement comme dans les dépenses sont explorables

• Remise en cause (éventuelle après études, débats etc.) de la couverture familiale intégrale. Exemple : Un salarié célibataire est assuré social sur la base suivante ; un prélèvement social pour un assuré. Un couple sans enfant avec les deux qui travaillent ; deux prélèvements pour deux assurés. Une famille de quatre enfants avec uniquement le mari en activité ; un prélèvement pour six assurés... Normal ? Sans aller jusqu’à prélever un pour un, un élargissement ne pourrait-il être envisagé ?

• Revoir le prélèvement employeur sur les seuls salaires : Actuellement, des licenciements compensés par l’achat de machines robotisées, c’est moins de ressources pour la sécu mais autant de profits (voir plus) pour l’employeur. Pourquoi ne pas faire glisser (en partie ? En intégralité ?) les prélèvements du travail vers le chiffre d’affaire ou les bénéfices ?

• Transfert de charges : Que les risques particuliers (comme l’exercice d’un sport) soient EFFECTIVEMENT couvert et l’éventuel accident pris en charge par l’assurance souscrite lors de l’inscription.

• Taxes sur la consommation (« TVA sociale) : que devient le projet, sera-t-il repris ?

• CMU + droit du sol = déficit… Les idées présentes derrière la CMU et le droit du sol sont belles et généreuses, c’est certain. Mais en termes comptables… (En Guyane, c’est "tout le continent" environnant qui vient profiter de l’hôpital français…-et à la place de ces gens déshérités, ne ferions-nous pas la même chose ?- ). Faudrait-il présenter la facture aux ambassades respectives ? Envisager d’autres solutions comme revoir la Constitution ?

• Nous avons tous chez nous des bt. de médicaments qui finiront à la poubelle (date dépassée) et qui sont "les restes" d’une prescription : la sécu enrichie les laboratoires. Faudrait-il modifier le système de conditionnement ? Les pharmaciens ne pourraient-ils pas recevoir de grandes quantité pour remettre aux malades juste ce qu’il faut selon la posologie et la durée du traitement ?

climat : le commencement de la fin...

L’équilibre climatique de l’hémisphère nord peut basculer d’ici sept ans.

C’est ce qu’a affirmé Louis Fortier, océanographe et biologiste de l’université Laval (Québec) dans Le Devoir de Montréal le 24 avril dernier. Si nous ne voulons pas sérieusement dérouiller, c’est tout de suite qu’il faut agir ra-di-ca-le-ment.

Élu « Personnalité scientifique de 2005 » par La Presse et Radio-Canada, Louis Fortier est le directeur d’Articnet, le plus important programme de recherche en réseau sur les changements climatiques à travers le Canada. Il n’a donc rien du dangereux activiste mauvais prophète qui tente d’effrayer le commun des mortels avec des fables apocalyptiques.

À notre connaissance, il n’est pas affilié non plus aux éco-warriors hirsutes et il n’est payé par aucune force occulte pour démoraliser les marchés financiers ou pour culpabiliser les possesseurs de 4x4. Tout ça n’empêche pas Louis Fortier, en homme responsable, de tirer la sonnette d’alarme.

Dans un entretien avec Louis-Gilles Francoeur, journaliste au Devoir, Louis Fortier annonce que l’accélération des changements climatiques va au-delà de toutes les prévisions. « Les scientifiques du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) ont été trop timides, dit-il. Le GIEC est commandité par les gouvernements. » Traduction : les conclusions du GIEC sont rédigées par des scientifiques et par des politiques. Elles doivent rechercher le consensus. « Cet imprimatur politique fait en sorte qu’on arrache toutes les dents des rapports. On en est rendu au point où on voit des sceptiques se réfugier derrière les conclusions du GIEC de 2004 pour dire que ce ne sera pas si pire, après tout. Présentement, on sent un remords monter parmi les chercheurs parce qu’on n’a pas été assez ferme, qu’on n’a pas assez défendu nos conclusions. On a plié devant le barrage des négationnistes pour mitiger nos conclusions. C’est grave, parce que les politiques vont certainement nous reprocher de ne pas les avoir avertis à temps. On a aussi été influencé par l’opinion publique qui ne veut pas entendre parler de catastrophes, alors que des solutions existent. »

Les scientifiques ne doivent pas être à la botte des politiciens. Qu’ils disent au grand jour ce qu’ils savent. Que les savants cessent d’être complaisants, pour ne pas dire complices, avec les puissants. On attend d’eux courage et audace. Au cœur de l’assourdissant concert de langues de bois et de mensonges, la parole de Louis Fortier doit donc être entendue et amplifiée quand il livre le fruit de ses travaux. Même si on préférerait largement se laisser bercer par des roucoulades optimistes...

L’équilibre climatique actuel dépend du bilan radiatif de l’hémisphère nord, de sa capacité à réfléchir plutôt qu’à absorber les rayons solaires grâce au pouvoir réfléchissant de la calotte polaire. « Ce qui se passe actuellement accélère la mutation du climat au-delà de toutes les prévisions, dit Louis Fortier. Parce que plus la calotte polaire fond rapidement en été, plus l’océan Arctique absorbe la chaleur solaire. Ce qui accélère la fonte de la glace l’année suivante parce qu’elle est moins épaisse d’une année à l’autre. »

Le scientifique poursuit. « On prévoyait, il n’y a pas vingt ans, que la calotte polaire disparaîtrait vers 2070-2080 si les concentrations de gaz carbonique continuaient d’augmenter. Puis, des modèles plus perfectionnés ont prédit que l’océan Arctique serait libre de glace solide en été vers 2030. Et au rythme où on mesure maintenant la diminution du couvert de glaces, cela va se produire vraisemblablement dans sept ans environ, vers 2015, à moins d’épisodes météorologiques imprévus. La calotte polaire de l’océan Arctique a perdu l’été dernier 1,2 million de kilomètres carrés supplémentaires par rapport à 2006. Il y a une trentaine d’années, cette calotte affichait une surface de huit millions de kilomètres carrés, mais elle n’en compte plus aujourd’hui que quatre millions. Et, le plus inquiétant, c’est que la proportion de la glace pluriannuelle, celle qui est forte et qui durait de deux à onze ans, diminue sans cesse parce que son épaisseur diminue. Ce qui la rend plus friable et la fait passer dans la partie vouée à la fonte annuelle. De la glace de dix ans, il en reste très peu au pôle Nord. »

La calotte polaire disparue, le climat de l’hémisphère nord va basculer très rapidement et pour longtemps. Privées d’apports en froid, les températures tempérées que nous connaissons vont vite appartenir au passé. « Il faut donc devancer de trente ans les prédictions du GIEC. Ce que corrobore aussi la fonte beaucoup plus rapide que prévu des glaces du Groenland. Cela est d’autant plus compréhensible et inévitable que les modèles prévisionnels utilisés par le GIEC ne tiennent pas compte de la réduction de l’albédo (le pouvoir réfléchissant) de la calotte polaire. Tout comme ces modèles ne tiennent pas compte de la diminution de l’épaisseur des glaces. Un chercheur de l’École navale supérieure d’océanographie des États-Unis a voulu intégrer ces variables et ces conclusions dans un modèle. Les conclusions se sont avérées tellement inquiétantes que ce chercheur a décidé de ne pas les publier pour ne pas faire peur au monde », poursuit Louis Fortier dans Le Devoir.

Un autre spécialiste va dans le même sens que Louis Fortier. Il s’agit de James Hansen, le patron du Goddard Institute de la NASA. Une grosse pointure également peut suspecte d’extrémisme écolo. Il affirme que l’humanité a franchi le seuil critique en matière de changements climatiques en 1990, lorsque la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère terrestre a dépassé le cap des 350 parties par million (ppm). Nous en sommes aujourd’hui à 385 ppm et cette concentration augmente au rythme de 2 à 3 ppm par année… L’Europe s’est fixée le taux de 450 ppm dans la deuxième phase du protocole de Kyoto. Pour Hansen, ce seuil qui annonce la catastrophe climatique générale et l’irréversibilité des changements est beaucoup trop haut.

La paléontologie nous donne aussi des indications fondamentales sur notre situation. « Si la température moyenne augmentait de 2 à 6°C sur la planète, le climat entrerait dans une phase qui pourrait durer entre 10 000 et 15 000 ans, avant de revenir à ce qu’on connaît aujourd’hui. C’est ce que nous apprennent les traces laissées par le début de l’éocène, il y a cinquante-quatre millions d’années, le seul moment documenté où on a vu basculer le climat aussi rapidement. Et il a fallu alors quelque 20 000 ans pour que se modifie cette tendance », argumente Louis Fortier.

A très brève échéance, on peut s’attendre à d’énormes chambardements écologiques et géopolitiques. Disparition des espèces polaires, redistribution des enjeux économiques et militaires autour d’un nouvel espace maritime bordé par les Etats-Unis, l’Europe et la Russie, migrations tumultueuses des réfugiés climatiques, nouvelles menaces sur la paix mondiale… Louis Fortier n’est pas certain que nous soyons collectivement prêts à faire face à des changements aussi importants et aussi soudains. Nous non plus ! Le chercheur espère que le monde se réveillera vite. Pourquoi se réveillerait-il ? Hypnotisées par un certain confort, les belles déclarations des politiciens aux longues dents blanches, l’illusion de vivre une vie méga fun et sexy..., les masses sont plus préoccupées par le dernier jeu télévisé, par les performances de leur téléphone portable ou par la couleur de leur prochaine grosse voiture que par la survie de la planète.

Quant aux gens les plus revendicatifs, ils feraient bien d’inclure d’urgence des priorités environnementales aux slogans sur la défense du pouvoir d’achat, de la sécurité sociale ou des retraites. Au train où nous allons, dans quel état sera la Terre au bout de quarante ans de cotisations ? Ah la belle retraite qu’on nous prépare ! Nous vivons une époque ubuesque où tous les leaders de droite, de gauche ou même parfois d’extrême gauche font comme si nous avions une éternité sereine et réjouissante devant nous. Quand des centaines de millions de personnes se retrouveront sous le niveau de la mer, on ne rigolera plus du tout.

Ce que les premiers écolos annonçaient dans les années soixante-dix est sous notre nez. Le scénario se déroule hélas comme prévu. Mais c’est tout juste si on lève le pied. Au lieu d’agir promptement, on tente encore de nous leurrer avec des mesures aussi efficaces qu’un pansement sur une jambe de bois. Avec le développement durable, le capitalisme a trouvé de quoi calmer un moment les naïfs. Le développement durable était une excellente idée il y a trente ou quarante ans. Mais maintenant, il est trop tard. Et chaque année qui passe, nous rapproche un peu plus d’une situation inextricable. Si les citoyens du monde ne se réveillent pas tout de suite, nous pourrions vivre dans un cauchemar qui fera des films Mad Max et Soleil vert de charmants contes de fées.

Il n’y a pas de capitalisme à visage humain. Le capitalisme, machine morbide et suicidaire, préfèrera crever en nous entraînant tous plutôt que d’arrêter ses conneries. Il faut casser le cou des politiciens qui osent encore parler de croissance quand seule la décroissance peut sauver l’humanité. Comment continuer à croître dans un monde fini aux ressources épuisées, dans un monde inégalitaire dirigé par des voyous incapables de voir plus loin que leurs gros et petits profits ? Stop. On arrête. On réfléchit. Et on prend les choses en main.

Les utopistes sont aujourd’hui celles et ceux qui pensent qu’il est possible de continuer comme si tout allait bien. Repeindre en vert pâle les vieilles façades délabrées ne suffira pas. En fait, un changement radical de société est à envisager. Nous ne sommes même plus dans le débat idéologique. C’est une évidence, une question de survie. Il faudrait réinventer nos modes de vie, nos loisirs, nos transports, notre habitat, notre consommation, notre façon de penser le travail, la retraite... de manière équitable, fraternelle, solidaire, libertaire.

Nous vivons une époque formidable. Mais, comme je n’ai qu’une confiance relative dans mes contemporains et que l’avenir sent pas mal le soufre, juste un conseil. Si vous aimez les enfants, n’en faîtes pas. Si vous en avez déjà, bougez vous le cul. Sinon, un jour, ils pourraient vous attaquer en justice pour les avoir fait naître sur une planète pourrie.

le 06/05/2008
http://www.lemague.net/dyn/spip.php...




Le PS se re-centre

Veuillez publier le texte ci-joint relatif à une information qui n’est pas vraiment un scoop mais néanmoins pleine d’enseignements.


Le PS se re…centre : pas possible !

Les commentateurs frétillent depuis mardi : le PS français qui passait pour le mouton noir trop à gauche parmi les partis socialistes d’Europe, ferait sa « révolution » : diable ! C’en serait fini avec la lutte des classes et l’abolition du capitalisme, le PS se contenterait d’être le promoteur d’une économie sociale et écologique de marché. Sous le regard bienveillant du CAC 40 et des gouverneurs indépendants des banques centrales et du FMI réunis.

Quelle découverte ? Ces « observateurs » ne manquent pas d’humour, ils trouvent que le PS est encore trop ancré à gauche et ils ne souhaitent pas que leurs nuits soient hantées par le spectre d’une transformation sociale qui limerait les ailes au capitalisme triomphant ou plutôt agonisant, selon le point de vue (de classe) où l’on se place.

Ces mêmes « observateurs » de l’Express au Nouvel Obs, en passant par le Figaro et quelques autres trouvent tellement archaïque le vocabulaire hérité du 19è siècle. Alors la chose, pensez donc…Libéral, à la rigueur, la racine du mot sonne bien mais capitalisme ça sent le rétro et plus, l’insupportable présomption de prétendre le supplanter. Et puis les expériences du siècle passé ont été tellement décevantes, au point de condamner toute velléité de s’affranchir d’un système voué à l’éternité. Alors, de grâce, soyons raisonnable, ne demandons pas l’impossible ! On n’est plus en 68, revenons sur terre et acceptons l’ordre économique comme le meilleur des régimes politiques, le plus efficace, ajoute-t-on au PS qui, décidément, n’est pas le dernier pour vanter les mérites de l’économie de marché.

Rappelez-vous, au lendemain de la défaite de Ségolène Royal, les mêmes commentateurs invitaient le PS à devenir franchement social-démocrate, à faire son congrès de Bad Godesberg (celui où le SPD allemand, en 1959, renonçait à toute référence avec le marxisme et la lutte des classes pour renouer avec l’éthique chrétienne et surtout se prononcer pour la libre concurrence, la libre entreprise, l’économie de marché, c’est-à-dire contre les nationalisations, pour les privatisations…) et se tourner sans complexe vers le centre, autrement dit la droite. Mais que faisait d’autre madame Royal entre les deux tours en allant proposer à Bayrou de devenir son premier ministre et que disait d’autre François Hollande en 2 003, quand il qualifiait le programme du PS de « gestionnaire et social-libéral », c’était pour promouvoir quelles valeurs sinon celles du libéralisme ? Et le tournant de la rigueur en 1 983, c’était quoi d’autre ? Et les privatisations sous la gauche, était-ce pour améliorer nos services publics, préserver notre modèle social ou pour répondre aux critères de Maastricht exactement inverses que le PS avait approuvés ? Et Jospin, premier ministre, qui voulait rassurer les Français en avouant qu’il n’appliquait pas un programme socialiste ! Et, et…on pourrait poursuivre.

Si viser les responsabilités politiques les plus hautes –la présidence de la République, le gouvernement- consiste pour le PS, à séduire l’électorat de gauche par un discours de gauche et, ensuite gouverner à droite, pour éviter de faire des vagues et de se mettre à dos les puissances d’argent qu’il n’ose même plus qualifier de capitalistes, comment peut-on prétendre changer la vie des gens, car c’est bien la vie des gens les plus modestes qu’on veut améliorer, réduire les inégalités et résoudre l’ensemble des problèmes économiques et sociaux à partir de ce critère fondamental, du moins pour la gauche qui se respecte ?

Toute la quatrième République n’a été qu’une valse de gouvernements impuissants de centre-gauche gouvernant à droite, et pour cause et tout se passe comme si, avec la cinquième République, le bipartisme nous ait enfermé dans ce même faux choix où l’opposition et la majorité se confondent lorsqu’elles alternent au gouvernement et ne se contestent que pour y parvenir.

On serait tenté de déclarer le PS hors jeu à gauche. Cela serait sans tenir compte des réactions qui montent de ses propres rangs tout en restant minoritaires et des aspirations d’une partie de ses électeurs qui ont le cœur à gauche mais préfèrent encore voter pour un parti qui a des chances de gouverner que pour un qui n’en a aucune ! C’est l’effet pervers de cette bipolarisation qui conduit non plus à choisir positivement celui ou celle dont vous vous sentez le plus proche, dont vous partagez les convictions, la vision du monde mais celui qui a le plus de chances de battre votre ennemi principal, que vous ne voulez à aucun prix.

C’est le vote négatif, celui auquel vous êtes conduit par le système électoral, en désespoir de cause parfois, car vous auriez bien voulu voter pour untel mais il n’a aucune chance, donc votre voix est perdue : c’est la négation de la citoyenneté, de la démocratie. Ce n’est pas la moindre des révolutions à opérer. Encore qu’il n’est pas fatal d’aller là où on veut nous conduire. N’est-on pas libre dans l’isoloir ?

Et puis, il y a ce morcellement à la gauche (réelle) du PS où la surenchère verbale n’a d’égale que l’impuissance à rassembler toutes les sensibilités idéologiques, sociales, écologiques, plus radicales les unes que les autres ou plus hésitantes sur l’attitude à avoir vis-à-vis du PS qui se veut « la gauche » à lui tout seul et surfe sur sa crédibilité électorale qui lui vaut de diriger toutes les régions, sauf une et une majorité de départements et de grandes villes.

On sent bien que c’est par là que l’on pourrait peser lors des prochaines échéances et donner un prolongement aux luttes et aux exigences sociales qui montent sous l’effet des contre-réformes sarkoziennes de plus en plus mal vécues qui n’arrêtent pas de faire chuter sa cote de popularité qui s’est accentuée après l’échec de sa majorité aux municipales.

Je ne crois pas que cela puisse se faire dans la précipitation ou dans l’incantation d’une nouvelle formation structurée comme il s’en prépare, mais dans la mise en commun d’objectifs politiques, sociaux, sociétaux… portés par des citoyens, des partis et des militants riches de leurs propres sensibilités. Le pluralisme reconnu et assumé est une vraie richesse qui n’exclut nullement, bien au contraire, de grandes initiatives unitaires pour porter des projets transformateurs et des majorités pour les concrétiser.

Le printemps nous y invite.

René Fredon

Jugé pour avoir comparé Sarkozy à Pétain

L'auteur d'un mail envoyé fin 2006 au ministère de l'Intérieur a été jugé pour "outrage". Une procédure lancée par le Président.

Nicolas Sarkozy dans un commissariat de Bordeaux (Régis Duvignau/Reuters).

Pour un mail dont l'objet était "Bas les pattes sur Florimond Guimard" et qui comparait la politique de Nicolas Sarkozy au régime de Vichy, Romain Dunand a comparu le le 17 janvier devant le tribunal correctionnel de Paris. Il risque 750 euros d'amende pour "outrage à personne dépositaire de l'autorité publique".

Ce courrier militant avait été envoyé le 19 décembre 2006 par cet animateur de 35 ans au nom de la section de la CNT dans le Jura et de l'antenne locale du collectif RESF. Il est vrai que le texte ne fait pas vraiment dans la nuance:

"Voilà donc Vichy qui revient: Pétain avait donc oublié ses chiens!"

Voici le message envoyé au ministère de l'Intérieur dans son intégralité:

"Objet: Bas les pattes sur Florimond Guimard!
De: "cnt-jura"
Date: Mar, décembre 19, 2006 13:26
A: sec.gueant@interieur.gouv.fr

Au ministère de l'Intérieur

Monsieur le ministre,

Nous venons d'apprendre que notre camarade Florimond Guimard, instituteur à Marseille, convoqué au commissariat, a été placé en garde suite aux manifestations anti-expulsions à l'aéroport.

Voilà donc Vichy qui revient: Pétain avait donc oublié ses chiens!

RésoluEs à défendre les dernières libertés qui nous restent -à commencer par la liberté d'exprimer notre solidarité active avec les victimes de votre politique qu'il faut bien qualifier de raciste-, nous exigeons la libération immédiate de Florimond Guimard, et l'abandon de toute poursuite à son encontre.

Dans l'attente, en vous rappelant l'exigence de la fermeture des centres de rétention et celle de la régularisation de touTEs les sans papiers, recevez nos salutations antifascistes,

M. Romain Dunand, Cnt-Jura / Resf-Jura."

Un message adressé au secrétariat de Claude Guéant, son directeur de cabinet

Le message incriminé n'a pas été envoyé anonymement, ni même publiquement, puisque le mail, signé, était précisément destiné au secrétariat de Claude Guéant -à l'époque directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, aujourd'hui secrétaire général de l'Elysée.

A l'époque, la mobilisation allait crescendo autour du cas de Florimond Guimard, un instituteur marseillais poursuivi pour s'être opposé à l'expulsion d'un sans-papiers, le père d'un de ses élèves.

Depuis, l'instituteur a été relaxé par le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence, le 21 décembre 2007. Romain Dunand, l'auteur du message qui fait allusion à Vichy, est, lui poursuivi. Il affirme qu'il s'agissait seulement d'une "image", qui n'outrageait personne:


Nicolas Sarkozy a saisi le ministère de la Justice pour "outrage" en février 2007. L'avocat de l'ancien ministre entretemps devenu chef de l'Etat ne réclamait qu'1 euro de dommages et intérêts. Mais la procureure chargée du dossier a décidé de requérir, en tant que partie civile, 750 euros d'amende, au titre du préjudice moral contre la personne de Nicolas Sarkozy.

"Au départ, j'ai presque cru à un canular"

Un cas d'école destiné à montrer l'exemple, alors que ce type de messages fleurit -y compris dans les commentaires sous les articles de Rue89- sur le Net? Une initiative zélée du parquet? Un exemple de politisation d'un dossier? Romain Dunand raconte:

"Au départ, j'ai presque cru à un canular. Les faits remontaient à plus de six mois, et l'affaire est ressortie le 14 mai, date du courrier du tribunal. C'est à dire justement la semaine où Nicolas Sarkozy à été élu à l'Elysée."

L'avocate du militant jurassien, Me Marianne Lagrue, précise le contexte juridique de cette affaire:

"Dans la mesure où il ne s'agissait pas d'injure publique mais d'outrage, c'est-à-dire de quelquechose qui relève de la sphère privée, le parquet aurait pu s'abstenir.

"Mais c'est surtout Nicolas Sarkozy qui pouvait choisir d'y répondre à titre privé, en argumentant que la comparaison avec Vichy n'était pas valable. Cela aurait peut-être été plus digne que d'aller devant la justice."

Les poursuites contre des militants de l'Unef finalement abandonnées

Dans le cadre d'une affaire précédente soumise à la justice par des policiers de La Rochelle à l'automne 2007, le parquet avait finalement classé sans suite la procédure. Des militants Unef avaient placardé des affiches montrant Nicolas Sarkozy faisant un doigt d'honneur. Cette fois, c'est le chef de l'Etat qui est à l'origine de la procédure.

Lors du procès de Charlie Hebdo après la publication des caricatures de Mahomet, Nicolas Sarkozy avait pourtant affiché son soutien au magazine satirique en ces termes: "Je préfère l'excès de caricature à l'absence de caricature."

 Toute la Constitution, rien que la Constitution… sans la Constitution !

            Jeudi 13 Décembre 2007, Lisbonne. Les chefs d’Etats et de gouvernements des 27 Etats membres de l’Union européenne scellent le sort de l’Europe en signant le nouveau traité « modificatif » et en s’engageant dans une phase de ratification dans le dos des peuples (On sait d’ores et déjà que seule l’Irlande organisera une votation populaire sur les 27 parce qu’elle y est contrainte par sa Constitution).

 

Dans des propos tenus à huit clos au Parlement européen, Nicolas Sarkozy nous livre ses craintes à propos de la participation populaire : « Il n’y aura pas de traité si un référendum a lieu en France (…) ». « La même chose [un vote négatif] se produirait dans tous les Etats membres si un référendum y était organisé »[1]. Le Président français nouvellement élu aurait-il peur que ses quelques 19 millions d’électeurs en mai 2007 ne voit pas du même œil que lui l’avenir de l’Union européenne. Curieuse méthode pour rapprocher l’Europe de ces « citoyens »[2] que de les tenir à tous prix à l’écart des grandes décisions sur l’avenir de l’Union européenne.

 

            Pour faire taire ceux qui agitent encore le spectre du référendum en France, on explique avec des arguments rondement ficelés que la ratification du nouveau traité ne nécessite pas l’organisation d’un référendum. Deux raisons à cela. D’abord le traité de Lisbonne ne serait pas une Constitution comme le TECE[3], pour laquelle un référendum était de mise. Or juridiquement le traité de 2004 n’était pas plus une Constitution que ce nouveau traité. C’est l’objectif politique qu’on lui assigne qui fait d’un texte communautaire une norme constitutionnelle. Le juge de l’Union européenne – la cour de justice siégeant à Luxembourg – qualifie depuis 1986 le traité de Rome, acte fondateur des communautés européennes, de « Charte constitutionnelle »[4] des Etats membres. Le caractère symbolique du terme Constitution ne suffisait pas à faire de l’ancien traité un texte fondamentalement différent des anciens et futurs traités créateurs de droit au sein de l’Union européenne. Rien ne justifiait donc que l’on recourt plus à un référendum pour celui-là que pour les autres.

 

            Autres arguments : on nous rappelle que le Président Sarkozy avait annoncé pendant la campagne électorale qu’il ratifierait le traité par la voie parlementaire et que son élection valait acceptation populaire de ce principe. Or c’est sur la base d’un traité simplifié et consensuel que Sarkozy s’engageait à remettre l’Europe en marche, non pas sur un traité qui, dans sa forme, comprend pas moins de deux cent cinquante six pages et près de trois cents modifications des traités de Rome et Maastricht. En effet celui-ci est caractérisé par une absence totale de lisibilité et de clarté pour le citoyen européen, qui s’accompagne paradoxalement d’une absence criante d’information et d’explication de la part tant des politiques que des médias. Non plus sur un traité qui reprend en substance l’ensemble des dispositions du traité établissant une Constitution pour l’Europe. En effet, le traité dit de Lisbonne se contente d’amputer la défunte Constitution européenne de tout ce qui pourrait rappeler aux citoyens les symboles attachés au super-Etat européen : le terme Constitution, l’hymne, le drapeau. Par contre on conserve par des tours de passe-passe finement conçus par les technocrates bruxellois, l’ensemble des principes et dispositions établis en 2004 : principe de primauté relégué non plus dans les premiers articles mais dans une déclaration annexée au traité, le ministre des affaires étrangères prévu dans le TECE laisse place à un haut représentant pour les affaires étrangères doté des mêmes compétences, la concurrence libre et non faussée disparaît des objectifs tout en restant un principe essentiel de l’Union… cf. tableau comparatif des dispositions des deux traités.  

 

L’annonce récente du choix des parlementaires socialistes de boycotter la séance de révision constitutionnelle prévue début février, vient clore tous nos espoirs de faire échec à la ratification parlementaire. En laissant aux députés et sénateurs de droite toute liberté de faire passer la réforme constitutionnelle préalable à la ratification du traité, le Parti socialiste laisse passer sa dernière occasion de redonner la parole au peuple.

 

            En juin 2009, date limite de ratification du traité de Lisbonne par les 27, le sort de l’Europe sera donc définitivement scellé, loin des attentes populaires. Reste qu’à cette date se tiendront les prochaines élections européennes, dernier levier démocratique pour que vive en Europe une vision citoyenne et populaire de notre « destin commun » [5].  

 

Traité établissant une Constitution pour l'Europe signé à Rome le 29 octobre 2004

Traité de Lisbonne dit traité modificatif signé le 13 décembre 2007 à Lisbonne

Art. I-6 La Constitution et le droit adopté par les institutions de l'Union, dans l'exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, priment le droit des Etats membres.

17. Déclaration relative à la primauté

La Conférence rappelle que, selon une jurisprudence constante de la Cour de justice de l'UE, les traités et le droit adopté par l'Union sur la base des traités priment le droit des États membres, dans les conditions définies par ladite jurisprudence.

Le principe de primauté ne figure plus dans le corps du texte mais conserve la même portée juridique.

 

Art. I-7 L'Union a la personnalité juridique

54. le nouvel article 32 suivant est inséré:Article 32:  « L'Union a la personnalité juridique »

Partie II : Reprise de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qui lui confère une valeur juridiquement contraignante.

La Charte des droits fondamentaux est reprise dans son intégralité dans un protocole annexé au traité (n°14) et conserve la même valeur juridique que dans le TECE.

Art. I-28 Le ministre des affaires étrangères, nommé par le Conseil européen, conduit la politique étrangère et de sécurité commune.

19. Un nouvel article 9E est inséré.

Le haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, nommé par le Conseil européen, conduit la politique étrangère et de sécurité commune.

Art. I-3 L'Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures et un marché intérieur où la concurrence est libre et  non faussée.

Art. 98 du traité sur l'Union européenne. Les Etats membres et l’Union agissent dans le respect du principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources.

La concurrence libre n'est pas sacrifiée, seulement elle ne figure plus en première ligne des objectifs de l'Union.

                                                  



[1] Le Monde diplomatique, Décembre 2007, Bernard Cassen. Propos rapportés sur le site du quotidien britannique The Daily Telegraph.

[2] Déclaration de Laeken sur l’avenir de l’Union européenne qui a donné mandat à la Convention VGE pour élaborer une Constitution pour les citoyens européens.

[3] Traité établissant une Constitution pour l’Europe signé le 29 octobre 2004 à Rome.

[4] Arrêt Les Verts Cour de Justice 1986.

[5] Préambule traité ECE.

W3C

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