À la Fête de l’Huma, on a fait comme les autres : on a hésité. « On travaillait là-dessus depuis un an sans oser se lancer, reconnaît Olivier Valentin, directeur technique de l’événement. Cette fois-ci, c’est parti. » C’est dit, le cru 2008 de la Fête se boira… dans des verres consignés. Cris d’épouvante et rires moqueurs dans les couloirs du journal. Du genre : « Pfff, quoi ? On garde notre verre toute la soirée avec nous ? On parle bien de la Fête de l’Huma et de ses dizaines de débits de boissons ? M’étonnerait qu’ça marche. » Ou Plus enthousiastes : « Bonne idée, ça devenait dégueu aux abords des stands avec tous ces verres par terre. »
N’en déplaise aux sceptiques, des festivals avec des verres consignés, cela se fait depuis quinze ans en Allemagne - Coupe du monde de foot comprise, s’il vous plaît - et sept ans en Espagne. « En France, ça explose depuis six mois », assure Emmanuel Torrent, président d’Écocup, l’association qui a importé le « gobelet consigné » dans l’Hexagone. « On ne va pas pouvoir rester bénévole très longtemps », souffle même l’enseignant, depuis son village de Céret, près de Perpignan.
Le principe est simple : à la première boisson, le fêtard ajoute un euro. Qui lui sera restitué contre son verre en plastique dur, adapté aux foules égayées et aux ripailles arrosées. L’échange se fait dans n’importe quel stand de la Fête. Tandis qu’au fil de la journée une bonne centaine de personnes se charge de réapprovisionner les bars en verres propres.
Les habitués le portent en pendentif, attaché à un cordon prévu à cet effet. Certains le gardent en souvenir et s’en servent à d’autres occasions. Logiquement, fini les matelas de gobelets cassés qui craquent sous la chaussure. Les tenanciers de bar ou les collectivités y gagnent en frais de nettoyage. Les stands de la Fête de l’Huma, eux, économiseront l’achat de verres.
« L’idée est de considérer le recyclage du plastique comme la dernière issue. Commençons par diminuer la quantité de déchets », résume le président d’Écocup. Qui se souvient : « Tous les ans, à la feria de notre village, on pouvait constituer un tas de déchets en plastique de deux mètres de haut. » Beurk… « On voyait bien qu’en Espagne, à une heure de chez nous, ce n’était pas le cas. » Il y a trois ans, l’association se monte et expérimente le verre consigné pour la feria locale : trente mille personnes, de mauvaises habitudes bien ancrées et des patrons de bars un peu récalcitrants, s’imaginant que leurs clients consommeront moins. Résultat, les barmen ont fait leur beurre, les aficionados la fête et les services de nettoyage n’ont ramassé qu’ « une grosse centaine de verres cassés, pas plus », au lieu de 1,5 tonne de plastique. Le cours d’eau voisin a même pu s’écouler sans que les canalisations ne soient bouchées…
Résultat, cette année, tous les grands festivals s’y sont mis : les Eurockéennes de Belfort, Solidays à Paris (120 000 gobelets)… et la Fête de l’Huma (plus de 300 000 verres prévus). Bref, du lourd. Pourtant, convertir les indécis ne se fait pas en un jour. « Pour notre brasseur sponsor, la fabrication des verres consignés est trois fois plus chère que celle des verres jetables », explique Emmanuel Dollfus, responsable de la communication à Solidarité Sida, organisateur de Solidays. « Mais, au final, nous sommes à l’équilibre financier, et puis, comme 95 % des festivals s’y seront mis l’année prochaine… » Restait aussi à convaincre les festivaliers. « Il y a eu des mécontents à cause de l’euro supplémentaire à payer, mais bien moins que prévu », assure Emmanuel Dollfus. Plus étonnant encore, « quand le sol est propre, les gens ne jettent pas le reste », papiers gras et barquettes de frites. Au final, « ce qui aurait pu être un échec s’est fait très - facilement ». Une Fête de l’Huma propre, ça s’arrose, non ?
Vincent Defait
LE 12 13 14 SEPTEMBRE 2008 17€ les 3 jours

Les étudiants. Plus d'une cinquantaine d'assemblées générales étudiantes sont organisées cette semaine. Partisans et opposants du blocage invectivent les uns les autres. A Nanterre les CRS sont intervenus pour déloger ceux qui occupent les locaux universitaires. Sur les conséquences de la loi Pécresse, les étudiants débattent. Quelles suites donneront-ils à leur lutte ? Rejoindre les syndicats de travailleurs et sortir du cadre universitaire ou centrer leur action sur le retrait de la loi Liberté et responsabilité des universités ?
Le président de la République. C'est "son" programme, ce sera donc "son" conflit, et, espère-t-il, "sa" victoire. En répétant qu'il "tiendrait", le président de la République a fait le choix de se placer en première ligne à l'approche d'une période à risques sur le plan social. Face aux risques d'une coagulation des mécontentements, Nicolas Sarkozy choisit l'offensive en opposant la légitimité de son élection et la durée de son mandat aux revendications des syndicats.
Le premier ministre. Débordé depuis des semaines par Nicolas Sarkozy, dans les médias et sur le terrain politique et diplomatique, le premier ministre a choisi de revenir sur le devant de la scène alors que le gouvernement s'apprête à affronter une véritable tempête sociale. Cette fois, François Fillon n'entend pas se laisser complètement éclipser. Cette semaine de tensions sociales lui offre une occasion unique de se créer enfin une identité politique propre.
Le Parti socialiste. Pas opposé au principe d'une réforme des régimes spéciaux de retraite et favorable à l'autonomie des universités, le Parti socialiste concentre ses critiques sur la méthode utilisée par le gouvernement, accusé de "rechercher délibérément l'épreuve de force pour donner le change face à son incapacité à résoudre les problèmes de la vie quotidienne".
L'UMP. Pour Jean-François Copé, président du groupe UMP de l'Assemblée nationale, "l'esprit de responsabilité" doit prévaloir"par rapport à l'exercice du droit de grève". Concernant les régimes spéciaux, "nous sommes déterminés, sans être fermés au dialogue", assure-t-il.
Opinion. Selon un sondage BVA publié mardi 13 novembre, une majorité de Français – 55 % contre 44 % – jugent injustifié le mouvement de grève lancé contre la réforme des régimes spéciaux de retraite. Mais c'est la protestation étudiante qui recueille le plus l'assentiment des sondés : 49 % (et 79 % des sympathisants de la gauche), tandis que 38 % soutiennent l'Elysée et Matignon sur ce dossier. Plus largement, 49 % des personnes interrogées considèrent que la politique économique menée par le gouvernement est plutôt ou très mauvaise.
La réforme. Passage en revue de quelques régimes spéciaux, de la Comédie-Française aux parlementaires. Quels avantages offrent-ils ? Le régime des retraites à la SNCF est un héritage des premières compagnies de chemins de fer qui, dès 1850, ont mis en place pour leur personnel des caisses de retraite. Il s'agissait de compenser les contraintes du service, la pénibilité, et surtout de fidéliser un personnel ouvrier très qualifié dans un contexte alors très concurrentiel.